Enquête dirigée par Sigolène Couchot-Schiex et Benjamin Moignard

Chercheur.se.s : Lila Belkacem, Séverinne Chauvel, Sigolène Couchot-Schiex, Céline Delcroix, Benjamin Denecheau, Dieynébou Fofana-Ballester, Philippe Goémé, Benjamin Moignard, Gaël Pasquier, Jean-Charles Pettier, Céline Prevost, Gabrielle Richard

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Group Of Teenagers Sharing Text Message On Mobile Phones

Contexte général

L’étude « Cybersexisme » a été commanditée par l’Observatoire Régional contre les Violences Faites aux Femmes (ORVFF) du Centre Hubertine Auclert. L’équipe de l’OUIEP a été retenue à la suite de l’appel d’offres en juillet 2015. L’étude a bénéficié de l’appui du MENSER (DEPP, DGESCO, Délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire). Elle a bénéficié de l’engagement des recteurs et rectrices des trois académies franciliennes et de leurs chargé-e-s de mission pour l’égalité filles-garçons.

L’étude a été conduite en 11 mois auprès de 12 établissements franciliens grâce à une méthodologie croisant plusieurs regards et plusieurs outils méthodologiques contribuant à la consolidation des données et assurant leur cohérence.

Contexte scientifique

Les études antérieures menées sur les cyberviolences sont encore éparses et manquent de cohérence dans la sélection des indicateurs retenus. Elles concluent qu’il existe un problème différencié sexué. Jusqu’ici aucune étude n’a donné suite à l’identification de ce problème.

L’étude menée par l’équipe de l’OUIEP est la première étude à se confronter au cybersexisme en milieu scolaire.

Méthodologie

Phase 1 : recueil des données quantitatives par questionnaires de climat scolaire, victimation et cybervictimation. N=1127 élèves de 5ème à 3ème de collège et de 2nde de lycée.

Recueil des données qualitatives par entretien auprès des adultes des établissements. Panel des personnes interviewées : infirmières, CPE, enseignant-e-s, chef-fe-s d’établissement, Assistant-e d’éducation. N=48.

Phase 2 : recueil des données qualitatives par entretiens collectifs type focus-group à partir de la méthode des scénarios. N=34 groupes en condition mixte ou non mixite, N=415 élèves.

Entretiens approfondis individuels d’élèves volontaires, entretiens d’explicitation. N=13 élèves.

Principaux résultats

L’expérience scolaire des jeunes est largement positive. 94,7% des élèves se disent « bien » voire « très bien » dans leur établissement. Il n’y a pas de différence statistique entre les établissements de la population étudiée. 91,8% considèrent les relations entre élèves comme bonnes ou très bonnes.

Les violences à caractère sexiste ou sexuel existent en nombre significatif dans les établissements scolaires. Les insultes, gestes sexuels, attouchements sont expérimentés par 14 à 22% des filles et 6 à 10% des garçons. Il existe donc bien un différentiel significatif entre les violences dont sont victimes les filles et les garçons.

Le même type de violence exercé cette fois dans le cyberespace est de moindre ampleur, mais il reste très significativement différencié selon que l’on est une fille ou un garçon.

Les expériences vécues dans l’espace scolaire et dans le cyberespace sont corrélées. Les deux espaces relèvent d’un même espace social, ils sont intimement imbriqués. Les victimes de violences à caractère sexiste et sexuel dans les établissements scolaires le sont aussi dans le cyberespace. Le cyberespace décuple les possibilités de victimation qui sont autant réelles dans un espace que dans l’autre : « le virtuel, c’est réel ».

Le cybersexisme est un relais des attentes sexuées et genrées. Si tous les jeunes sont en quête de popularité, il est beaucoup plus difficile pour les filles de préserver leur réputation car elles doivent se maintenir entre deux injonctions paradoxales : montrer que l’on est une « vraie » fille donc désirable sans s’afficher comme une « fille facile ». La fille se doit de garantir la respectabilité de soi et du couple. Dans un autre registre, les garçons doivent aussi montrer qu’ils sont de « vrais » hommes et afficher virilité, masculinité, hétérosexualité de manière réitérée.

Le cybersexisme peut se définir par les faits qui font violence aux individus en se déployant dans le cyberespace et qui visent à rappeler les attentes auxquels sont soumis les garçons et les filles selon l’ordre de genre socialement établi.

Les cyberviolences sont difficilement accessibles aux adultes dans les établissements et dans les familles, une grande partie de celles-ci leur échappent, elles sont volatiles, éparses et pourtant parfois des jaillissements soudains en témoignent dans les établissements scolaires.

L’enjeu de repérage est double : d’une part, il s’agit d’identifier des signaux ténus, faibles, d’autre part, il s’agit de comprendre en quoi et comment ces violences relèvent du sexisme parfois perçu comme norme ordinaire des relations entre les sexes.